J’ai longtemps choisi ma crème solaire comme on choisit un dentifrice, au rayon, en trente secondes, en regardant le chiffre le plus gros sur le tube. Puis j’ai lu ce que ce chiffre mesure réellement, et surtout ce qu’il ne mesure pas. Voilà ce qui a changé ma façon de remplir ma trousse avant un départ.
En bref
- Quatre catégories réglementaires, du SPF 6 au 50+.
- Le logo UVA garantit une protection UVA d’au moins un tiers du SPF.
- Environ 36 g de produit pour couvrir le corps d’un adulte.
- Renouvellement toutes les deux heures et après chaque baignade.
Ce que le chiffre sur le tube veut vraiment dire
Le SPF, ou facteur de protection solaire, mesure la protection contre les UVB, ceux qui provoquent le coup de soleil. Il ne dit rien, à lui seul, de la protection contre les UVA, qui pénètrent plus profondément et jouent un rôle dans le vieillissement cutané. C’est la première chose que j’ignorais complètement.
La recommandation européenne du 22 septembre 2006 (2006/647/CE) a mis de l’ordre dans tout ça. Un produit ne peut être vendu comme protection solaire qu’à partir d’un SPF de 6, sa protection UVA doit atteindre au moins un tiers du SPF annoncé, et cette conformité se signale par le sigle UVA inscrit dans un cercle. Quatre catégories doivent apparaître en toutes lettres à côté du chiffre.
| Catégorie affichée | Indices concernés | Situation type |
|---|---|---|
| Faible protection | 6, 10 | Peau déjà hâlée, exposition brève et modérée |
| Moyenne protection | 15, 20, 25 | Ville, ciel voilé, printemps sous nos latitudes |
| Haute protection | 30, 50 | Plage, montagne, journée entière dehors |
| Très haute protection | 50+ | Peau claire, enfant, tropiques, réverbération forte |
Autre point utile à connaître : les mentions du type « écran total », « protection 100 % » ou « protection toute la journée » sont interdites, précisément parce qu’aucun produit ne les tient. Si vous en croisez sur un tube acheté hors d’Europe, considérez l’argument comme du marketing et pas comme une information.
Écran minéral ou filtre chimique, le vrai critère de choix
Les deux familles ne fonctionnent pas de la même manière et n’ont pas les mêmes défauts. Les filtres minéraux, à base de composants comme l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane, forment une barrière qui réfléchit une partie du rayonnement ; ils agissent dès l’application et conviennent bien aux peaux réactives, mais laissent souvent un voile blanc. Les filtres organiques, dits chimiques, absorbent le rayonnement ; ils sont plus discrets à l’usage, plus agréables sur une grande surface, et demandent quelques minutes avant d’être pleinement efficaces.
Mon critère de tri est donc moins idéologique que pratique : minéral sur le visage et sur les peaux qui rougissent facilement, organique pour couvrir le corps entier sans y passer un quart d’heure. Beaucoup de formules combinent d’ailleurs les deux.
La texture se choisit par zone, pas par préférence
Il n’existe pas de meilleure texture dans l’absolu, seulement des textures adaptées à une surface donnée. Plus la zone est étendue, plus le produit doit être fluide pour être réellement étalé en quantité suffisante.
- Stick : lèvres, nez, oreilles, cicatrices, les zones qu’on oublie systématiquement.
- Crème : visage et cou, où l’on veut de la tenue et une répartition précise.
- Lait ou lotion : bras, jambes, dos, tout ce qui demande du volume.
- Spray : pratique pour les renouvellements en cours de journée, à condition de l’étaler ensuite à la main, sinon la couche reste irrégulière.
La quantité, ce paramètre que presque personne ne respecte
C’est le point qui m’a le plus surprise en lisant les travaux de l’Anses. Dans son avis publié le 11 décembre 2024, l’agence recommande que l’étiquette affiche clairement la dose nécessaire, en citant l’ordre de grandeur d’environ 36 grammes pour couvrir le corps entier d’un adulte. Autrement dit, un tube de 200 ml correspond à cinq ou six applications complètes, pas à un été entier.
Le même avis va plus loin et propose de ne plus afficher le SPF ni le logo UVA, au profit de trois niveaux simplifiés, et de supprimer la catégorie « très haute protection », jugée porteuse d’un faux sentiment de sécurité. Ce sont des recommandations adressées aux autorités, pas encore la réglementation en vigueur : à ce jour, les quatre catégories du tableau ci-dessus restent celles que vous trouverez en rayon.
Trois réflexes complètent la quantité : appliquer vingt à trente minutes avant de sortir, renouveler toutes les deux heures, et systématiquement après une baignade ou une séance de transpiration, y compris avec un produit résistant à l’eau. L’Anses rappelle par ailleurs que les bébés et les jeunes enfants ne doivent tout simplement pas être exposés au soleil, la crème ne remplaçant jamais l’ombre et les vêtements couvrants.
Ces informations sont données à titre général et à jour d’août 2026. Elles ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un dermatologue, en particulier en cas d’antécédents cutanés, de traitement photosensibilisant ou de grains de beauté à surveiller.
Ce qui change quand on part loin
Le choix qui convient à un week-end en Bretagne ne convient pas à deux semaines sous les tropiques, et ce n’est pas qu’une affaire de température. L’intensité du rayonnement augmente à mesure qu’on se rapproche de l’équateur, et grimpe aussi avec l’altitude. S’y ajoute la réverbération : le sable, l’eau et surtout la neige renvoient une part du rayonnement, ce qui explique les coups de soleil sous le menton après une journée en bateau ou à ski.
Deux détails logistiques valent d’être anticipés au moment de préparer son sac de voyage. Les contenants de plus de 100 ml voyagent en soute et non en cabine, ce qui pousse à emporter un petit format pour le trajet. Et sur place, la disponibilité comme le prix des produits solaires varient énormément d’un pays à l’autre : dans plusieurs destinations très ensoleillées, la haute protection coûte nettement plus cher qu’en France.
Un indice élevé permet-il de rester plus longtemps au soleil ?
Non, et c’est le contresens le plus répandu. Un indice élevé réduit la quantité de rayonnement reçue, il ne crée pas de crédit de temps supplémentaire. Les campagnes de prévention françaises recommandent d’éviter l’exposition entre 12 h et 16 h, quel que soit le produit utilisé.
Une crème solaire de l’an dernier est-elle encore bonne ?
Regardez le symbole du petit pot ouvert au dos du tube, qui indique la durée d’utilisation après ouverture, souvent douze mois. Un produit laissé dans un coffre de voiture en plein été a de toute façon subi des variations de température qui n’aident pas la stabilité de la formule.
Faut-il mettre de la crème solaire par temps couvert ?
Oui pour une journée entière dehors. Une couverture nuageuse laisse passer une part importante du rayonnement UV, et c’est justement les jours voilés qu’on se fait piéger, faute de sensation de chaleur pour alerter.
L’été, le soleil n’est pas le seul sujet
Entre la réverbération sur l’eau et les règles de base à connaître avant de monter dans une embarcation, une journée en mer se prépare un minimum.
Mis à jour le 5 août 2026. Sources consultées : recommandation 2006/647/CE de la Commission européenne du 22 septembre 2006 relative aux produits de protection solaire ; avis de l’Anses sur les produits solaires, publié le 11 décembre 2024.




